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lundi, 03 décembre 2012

Inauguration du mémorial des mineurs le 1 decembre 2012

Discours prononcé par Monsieur Antoine Homé, Maire de Wittenheim

Pour l’inauguration du Mémorial des victimes de la mine - Samedi 1er décembre 2012

 

" Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les représentants des associations,

Mesdames, Messieurs, chers concitoyens,

Nous sommes réunis nombreux aujourd’hui pour un moment que nous attendions tous depuis fort longtemps : l’inauguration du mémorial des victimes de la Mine et du chemin de la mémoire. Je suis heureux que nous puissions honorer la mémoire des 827 hommes tombés au fond de la Mine et dont les noms seront dorénavant gravés à jamais dans le grès rose. Je vous demande solennellement, au nom de leur mémoire, de bien vouloir observer avec moi une minute de silence.

Je vous remercie. La réalisation de ce monument a été possible grâce aux efforts conjugués de l’Association du chevalement Théodore, de l’entreprise K&S Kali et des villes de Wittenheim et de Ruelisheim, dont je remercie ici le Maire, Philippe Hartmeyer pour son soutien et son investissement pour cette manifestation. En effet, nos villes sœurs ont toutes deux cette histoire magnifique et à la fois terrible de l’exploitation de la potasse en Alsace. Je remercie aussi chaleureusement les communes du Bassin Potassique ainsi que la Région et le Département qui ont cofinancé la stèle. Je rends hommage aux souscripteurs qui ont complété le plan de financement. Je remercie tous les partenaires pour leur implication, leur sens du travail et leur professionnalisme, les entreprises pour la pose et le terrassement du monument et du chemin de la mémoire. Je tenais également à saluer particulièrement le travail réalisé par l’artiste ici présente, Madame Valérie GERER-HUG qui, je tiens à le préciser, est l’une des rares femmes à exercer le métier de graveur ornemaniste en France. Merci à tous pour ce travail remarquable et cela pour la mémoire de nos morts, pour que chacun puisse, à jamais se rappeler du prix que certains ont du payer au fond de la Mine.  

Ce projet commun est née en 2007, suite à l’inauguration de la rénovation du Chevalement Théodore de Wittenheim, devenu l’étendard de la sauvegarde du Patrimoine Minier pour notre population du Bassin Potassique. Il a fallu donc presque cinq année pour que le rêve devienne réalité, il a fallu une mobilisation exemplaire de la part de chacun. Et cette journée, mes chers amis, je souhaiterais la dédier non pas  seulement aux victimes de la Mine elles-mêmes mais également à leurs familles. N’oublions jamais que si des hommes ont perdu la vie au fond de la Mine, ils étaient avant tout des maris, des pères, des frères. Cela représente donc autant de familles et de vies brisées. En témoigne, cet extrait d’un poème d’un mineur inconnu de mine de charbon du Nord de la France  mais qui convient aussi très bien pour notre Bassin Potassique :

« Ils ne sortiront plus, tout noirs, du fond des puits,
Les yeux à demi clos, blessés par le grand jour,
La fosse va fermer ,dès demain, pour toujours,
L'Erèbe des mineurs retrouvera la nuit.

Ils ont donné leur sang, leur sueur et leur vie,
Dans le bruit des haveuses et la chaleur du fond,
Ils ont mangé la roche et noirci leurs poumons,
Pour que nul d'entre nous, ne manque de rien chez lui.

Quand les vieux seront morts, arrivera l'oubli,
De toutes ces fatigues et de toutes ces peines,
Personne ne sera plus ce que fut la vie,
Du mineur tué, par une tache humaine. »

Avec cette inauguration, nous accomplissons donc notre devoir de mémoire, celle de l’histoire minière de notre Bassin de vie en hommage aux mineurs et à leurs familles mais aussi à l’attention des générations futures. Pour que la mémoire collective ne s’efface pas et que les souvenirs des mineurs soient toujours dans notre esprit.

Il faut que l’Alsace soit plus tournée vers son histoire industrielle, vers son patrimoine industriel. L’Alsace ce n’est pas seulement le vignoble, les villages à colombage, c’est aussi une terre de labeur ou les hommes ont construit le développement économique. L’inauguration de ce jour est une étape, une belle étape, dans le combat pour la reconnaissance de la mémoire des mines et de l’industrie Alsacienne toute entière. Une étape, car d’autre projets nous attendent ; un combat car il faut rappeler sans cesse que l’Alsace est plurielle et que le labeur des mineurs en est une part essentielle.

Aujourd’hui, nous n’accomplissons pas seulement un devoir de mémoire, mais aussi un acte de justice, de reconnaissance envers ce que nous a apporté la corporation minière, avec ses valeurs de solidarité qui ont façonné notre territoire. "

 

 

© L'alsace, Dimanche le 02 Décembre 2012

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Plus de 600 personnesont participé hier, à Wittenheim, à l'inauguration du mémorial des victimes de la mine. Au pied de la stèle et des quatre piliers égrenant les noms des 827 hommes morts au travail, une émotion palpable et beaucoup de souvenirs. Le premier s'appelait Émile Fuchs, il est mort le 9 août 1908, victime d'une chute de pierres lors du creusement du puits Amélie 1. Le dernier était Jean-Paul Le Flo de Kerleau, victime d'un malaise cardiaque, au jour, le 17 avril 2001. Entre ces deux noms, 825 autres rappellent la longue liste des drames qui ont marqué l'histoire des mines de potasse d'Alsace. « Toutes les victimes y sont, au fond comme au jour et même sur le trajet du travail », souligne René Giovanetti. Ce spécialiste de l'histoire des mines sait ce qui se cache presque derrière chaque nom, chaque date inscrits là. Gravés sur quatre piliers disposés autour d'une stèle de grès rose sculptée par Valérie Gerrer-Hug. L'ensemble constitue un mémorial pour lequel l'Association pour la sauvegarde du chevalement Théodore (ASCT), présidée par Rémy Schonecker, s'est battue durant six années (notre édition du 28 novembre) et qui a été inaugurée enfin, hier, à l'ombre du chevalement Théodore, en présence de très nombreux anciens mineurs. Le doigt d'André Dellsperger se promène sur le premier pilier, au niveau de l'année 1919, particulièrement meurtrière. Treize noms pour la seule date du 14 mars, 11 pour le 25 mars. « Mon beau-père travaillait alors à la mine, se souvient André, lui-même employé vingt-sept ans au bureau d'études à Théodore. Il avait pu se sauver, il avait été protégé par un treuil. » « Le 14 mars, un dépôt d'explosifs avait sauté à Fernand, précise René Giovanetti. Et le 25, c'est un dégagement de grisou qui s'était enflammé à Théodore. Les gens étaient morts brûlés. » Mais l'épisode le plus meurtrier de l'histoire des mines de potasse se situe le 23 juillet 1940. Un coup de grisou à Rodolphe, 25 victimes, précise notre historien. J'avais 15 ans, je venaisde rentrer de l'école... Pour Jacky Fischer, 55 ans, le souvenir est beaucoup moins lointain. C'est sur le quatrième pilier, le dernier, qu'il retrouve le nom de son père. Maurice Fischer, 22 février 1973. « Il a été tué au puits de Berrwiller, écrasé par la tête motrice d'un convoyeur à raclette... » Un chef est venu sonner à la maison. « J'avais 15 ans, je venais de rentrer de l'école. Bien sûr, il y avait régulièrement des accidents, mais on ne pensait jamais que ça allait toucher quelqu'un de la famille. » Cela n'a pas empêché Jacky de descendre à la mine, deux ans plus tard. « Tout le monde faisait ça ici. » Malgré les effondrements fréquents, les toits branlants, « on ne descendait pas la peur au ventre, on n'aurait pas tenu sinon... » Un silence et Jacky ajoute : « J'en ai sorti aussi des morts. J'étais sauveteur. » Alors pour lui, forcément, ce mémorial est fondamental. « On n'avait pas de lieu de recueillement. Là, tous les noms sont réunis. » « C'est une journée très importante », confirme Bertrand Morgenthaler, ancien mineur et syndicaliste. Les trois derniers morts de la mine, il les a tous connus. « Bernard (Burgart, 13 mars 1996) a été enseveli à Marie-Louise, Pierre Paul (Unfer, 12 février 1999) est tombé dans un silo à Berrwiller et Jean-Paul (Le Flo de Kerleau) a fait un malaise cardiaque. Là, on parle de gens qui sont morts sur leur lieu de travail, mais il y a aussi les invalides qui souffrent encore tous les jours. » Il reste peu de choses des mines de potasse, déplore Bertrand. Ce mémorial sculpté dans le grès n'en prend que plus de valeur... Hélène Poizat Y ALLER Des membres de l'ASCT seront présents aujourd'hui sur le site de 14 h à 17 h pour des visites. L'exposition de documents, photos et anciens objets de mineurs est visible aux mêmes horaires dans l'ancien laboratoire des mines, entreprise K + S Kali, 27 rue du Général-de-Gaulle. L'inauguration d'hier a fourni à Maurice Haffner, vice-président de l'ASCT, l'occasion de rappeler, non sans amertume, le long combat que fut la réalisation de ce mémorial. « On dirait que l'Alsace n'aime pas son passé minier... Heureusement, des associations ont suppléé à ces défaillances pour que la mémoire de ces bourreaux de travail soit réunie en un lieu unique... », a-t-il lancé, en soulignant que l'association n'avait pas achevé son combat pour la mémoire des mines : « La machine d'extraction, le projet muséal, nous les réaliserons. » « C'est un moment que nous attendons depuis longtemps, a renchéri le maire de Wittenheim, Antoine Homé. L'Alsace, ce n'est pas que le vignoble, les maisons à colombages, l'Alsace est plurielle, le labeur des mineurs y tient une place essentielle. » « Ce monument est la prolongation de cette exceptionnelle solidarité des mineurs », a souligné de son côté le député Francis Hillmeyer, tandis que le sous-préfet Béatrice Lagarde, dont c'était la dernière sortie officielle avant son départ, s'est souvenu des sacs de potasse que son père, paysan dans l'Ouest, utilisait. « Ce fut ma première image de l'Alsace », a-t-elle affirmé dans un discours vibrant. « Vous avez raison d'être fiers de votre travail, vous avez raison d'être fiers du patrimoine minier, qui appartient à la mémoire nationale ! »

 

© Dna, Dimanche le 02 Décembre 2012 / Monde 

 

Wittenheim  Mine
Wittenheim Les victimes ont leur monument

 

Les officiels ont coupé le ruban symbolique inaugurant ainsi le mémorial dédié aux 827 mineurs morts pendant un siècle d'exploitation de la potasse en Alsace.
Le mémorial dédié aux mineurs de potasse décédés dans l'exercice de leur profession a été inauguré hier après-midi au pied du chevalement Théodore.

Petite température mais grande foule réunie solennellement à la porte de la mine Théodore pour l'inauguration du mémorial portant les noms des 827 mineurs et ouvriers du jour du Bassin potassique morts au travail.

Le premier de la liste est Émile Fuchs, mort en 1908 lors du creusement du puits Amélie 1 ; le dernier est Jean-Paul Le Flo de Kerleau, mort en 2001. L'accident le plus meurtrier, qui a fait 25 victimes, a eu lieu en juillet 1940. « Derrière chacun de ces 827 noms, se cache un drame familial » a rappelé Rémy Schonecker, président de l'Association pour la sauvegarde du chevalement Théodore.

Il a également souligné les efforts et « les six années de lutte sans lâcher prise » menée par l'association pour arriver à la création et la mise en place de cet imposant monument composé d'une sculpture de grès et de quatre stèles de granit, oeuvre de l'artiste Valérie Gerrer-Hug. Pour Antoine Homé, maire de Wittenheim, il s'agit d'une « oeuvre collective du Bassin potassique. Nous avons été solidaires, comme les mineurs ».

Maurice Haffner, ancien mineur, l'une des chevilles ouvrière de l'édification du mémorial, a rappelé le chemin parcouru : « un pays qui ignore son passé n'a pas de mémoire. Des mineurs ont laissé leur vie pour que ce patrimoine existe. Retrouver leurs noms n'a pas été chose aisée car il n'existe aucune liste officielle ».

Dans la foule, Henri, 84 ans, un ancien des mines Anna et Théodore cherche à retrouver le nom de son grand-oncle Louis mort après être tombé dans un bac à dissolution, dans les années'20. Francine, venue de Mulhouse, pointe son doigt sur le nom de son parrain tué lors d'un coup de grisou à Marie-Louise en avril 1957 : « sa soeur et moi-même avons fait un don pour le financement du monument. Aujourd'hui est un intense moment d'émotion et de mémoire ».

La cérémonie s'est terminée par un concert de l'Harmonie des mines et une visite des expositions consacrées au centenaire de la mine Théodore et de sa cité.

 

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