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mercredi, 07 novembre 2012

article de presse du journal l'Alsace : Ouverture du mariage aux couples homosexuels : qu'en pensent les maires ?

© L'alsace, Mardi le 30 Octobre 2012

 

Société  : Ouverture du mariage aux couples homosexuels : qu'en pensent les maires ?

 

Deux femmes en robe blanche et main dans la main en mairie : la scène n'est pas encore possible dans la réalité, mais elle divise déjà les maires de l'agglo mulhousienne... Photo AFP/Kenzo Tribouillard

 
Le projet de loi ouvrant le mariage civil aux couples homosexuels doit être bientôt présenté au conseil des ministres. L'occasionde sonder les mairesde l'agglo sur le sujet.

« Quelle est votre position à l'égard de la prochaine ouverture du mariage civil aux couples de même sexe ? » : voilà la question exacte que nous avons posée aux maires de l'agglomération mulhousienne (considérée ici au sens géographique et non pas administratif, afin d'inclure les six communes de la bande rhénane en plus de M2A). Voici un condensé de leurs réponses.

Favorables

Claude Frey, Antoine Homé et Jean-Claude Mensch, respectivement maires de Flaxlanden, Wittenheim et Ungersheim, sont les maires de l'agglo les plus favorables au projet. « L'amour ne s'arrête pas à la frontière hétérosexuelle, argumente Jean-Claude Mensch. L'accès au mariage est une question d'équité et de justice. Il s'agit de traiter de la même manière tous les citoyens de ce pays. L'acceptation de l'autre quel qu'il soit est un signe d'ouverture d'esprit et de tolérance. C'est une élévation éthique, morale et spirituelle. » « Tout ce qui est neuf pose question, renchérit Claude Frey, mais j'y ai beaucoup réfléchi et je suis pour. Ce qui prime, ce sont les sentiments. Le mariage permet de protéger l'autre et quand on aime quelqu'un, on souhaite le mettre à l'abri. »

Quant à Antoine Homé, il souligne un autre aspect de la question : « Lorsque le maire ou les adjoints célèbrent un mariage, ils ne le font pas en tant que représentants de la commune, mais de l'État. La loi devra être appliquée sur l'ensemble du territoire. »

Plus mesurées dans leur soutien au projet de loi, Josiane Mehlen (Morschwiller-le-Bas) et Josiane Zimmermann ( Hombourg) y sont plutôt favorables : « À titre personnel, explique la première, je ne suis pas contre. Il faut accompagner cette évolution de la société. Ce n'est pas facile à mettre en place, parce qu'il y a encore des préjugés à vaincre, mais sans provocation. Je suis une adepte de la pédagogie ! » « Si ce n'est pas aujourd'hui, cette réforme arrivera tôt ou tard, complète la seconde. Mes convictions personnelles ne m'interdiront pas de célébrer ces mariages. »

Ceux qui s'interrogent

« Le mariage homosexuel est l'un des rares sujets sur lesquels j'ai plus d'interrogations que de réponses, confie le maire de Kingersheim, Jo Spiegel. Je n'ai pas de doute sur le fait que deux personnes du même sexe peuvent sincèrement s'aimer et il me paraît normal qu'elles puissent se marier. Pour l'adoption par contre, je suis beaucoup plus réservé. Non pas que le principe me heurte, mais la question n'a pas été suffisamment mûrie. Il faudrait susciter un vrai débat avant de prendre une décision. »

Jean-Claude Eicher ( Pulversheim) s'interroge lui aussi : « C'est vraiment une question délicate, je n'ai pas encore pris de position. Je me sonde moi-même. N'y aurait-il pas une autre forme à trouver que le mariage ? » Même perplexité chez Martine Laemlin (Chalampé) : « Le mariage ne me pose pas de problème. En revanche, je me pose des questions à propos du droit à l'adoption, un sujet très complexe auquel je n'ai pas encore pris le temps de suffisamment réfléchir. À ce jour, je ne sais toujours pas quoi en penser. » Prudence également de la part d'Olivier Becht (Rixheim) : « Je m'interroge sur la notion de mariage, sur ce que cela implique vis-à-vis de la famille, de la responsabilité envers les enfants, de l'adoption, de l'insémination artificielle. À partir du moment où l'on appelle quelque chose mariage, on donne les mêmes droits à un couple gay et lesbien qu'à un couple classique et cela pose des questions éthiques auxquelles il faut répondre avant de légiférer. Il ne faut pas se précipiter... »

Les sceptiqueset les attentistes

À tout seigneur, tout honneur : le maire de Mulhouse Jean Rottner estime que « cette réforme va bouleverser la structure familiale, mais aussi les notions de parenté et de filiation (qui repose aujourd'hui sur la biologie). Rien n'est clair dans les intentions du gouvernement . En agissant de la sorte, sans concertation, l'État ne protège pas la société. Ces questions doivent être soumises aux Français à l'occasion d'un débat national indispensable. »

Richard Lasek ( Bollwiller) : « Ma première position, c'est d'attendre de connaître les termes exacts de la loi. Ensuite, entre les convictions personnelles et l'application de la loi, il peut y avoir des différences... Mais en tant que maires, nous sommes des serviteurs de l'État. Si la loi est votée, il faudra bien que quelqu'un l'applique et je n'ai pas l'intention de me défausser sur mes adjoints. » « Au nom de l'égalité et de l'ouverture d'esprit, commente Bernadette Groff (Brunstatt), on nous demande d'accepter sans véritable discussion la remise en question du fondement de notre société. C'est tout de même un débat qu'il faudra que j'aie avec le conseil municipal... »

Comme d'autres maires, Gérard Foluszny trouve qu'on pourrait d'abord chercher à améliorer le pacs, en particulier au niveau fiscal : « Si cette loi est votée, je marierai les personnes homosexuelles qui le demanderont, mais je ne saurai pas trop quoi leur dire, explique le maire d'Ottmarsheim. Pour moi, le mariage, c'est entre deux personnes de sexes différents. » Position similaire pour Francis Hillmeyer : « personnellement opposé au projet », le député-maire de Pfastatt - rejoint en cela par Fabien Jordan ( Berrwiller) - estime cependant que les couples homosexuels ont droit aux mêmes conditions fiscales que les autres, via une amélioration du pacs. « Mais le mariage, c'est autre chose. » De son côté, Monique Karr (Riedisheim), laconique, se contente d'une réponse de Normand : « Je ne suis ni contre, ni pour, mais je trouve que nos anciennes institutions sont un peu bouleversées en ce moment. »

Plusieurs des maires sceptiques semblent en particulier heurtés par l'usage du mot « mariage ». C'est le cas de Gabriel Schaeffer (Bantzenheim) : « Je ne suis encarté nulle part, mais François Bayrou a parfaitement exprimé ce que je pense de ce sujet, lors d'un discours prononcé voici une dizaine de jours [NDLR : en substance, le président du MoDem a expliqué être favorable à une union ouvrant aux mêmes droits que le mariage, mais qui n'en porterait pas le nom]. En revanche, permettre à des couples homosexuels d'adopter des enfants ne me pose aucun problème. » Position similaire pour Jean-Claude Mandry ( Zimmersheim) : « Sur le fond, qu'un couple homosexuel ait envie de vivre ensemble dans un contrat, ça ne me dérange pas, au contraire. Personnellement, je célébrerai ces unions, mais je pense que nos académiciens devraient trouver un autre terme que mariage. »

Les légalistes,sans enthousiasme

Les nombreux maires de cette « catégorie » ne sont pas enthousiasmés (euphémisme) par la perspective d'ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe, mais ils se feront un devoir d'appliquer la loi - ce que Bertrand Felly ( Feldkirch) résume ainsi : « Je n'ai pas d'état d'âme. Je ne mélange pas la loi et mon opinion. »

« Ça ne m'emballe pas du tout, complète André Clad (Lutterbach). Ce projet de loi n'est pas ma tasse de thé. Mais si la loi est votée, il faudra bien l'appliquer » « Que les choses soient claires, je ne suis pas homophobe, mais cela me dérangerait de célébrer un mariage homosexuel, confie Daniel Eckenspieller (Illzach). Si j'étais encore parlementaire, je voterais contre ce texte. Le pays est aujourd'hui dans un état où ajouter des divisions aux divisions n'est pas forcément le plus important. Cela étant dit, je suis fondamentalement légaliste et si ce texte doit s'appliquer, je déléguerai cette tâche à un adjoint que cela gênera moins que moi. »

« Célébrer un mariage homosexuel ? Si j'ai l'obligation de le faire, je le ferai, mais ça soulève une question morale », renchérit Philippe Hartmeyer. Le maire de Ruelisheim trouve le pacs « largement suffisant ». Légalistes eux aussi, Jean-Luc Vonfelt (Niffer), Armand Le Gac (Petit-Landau), Alain Leconte (Reiningue) et Robert Riss (Dietwiller) montrent néanmoins peu d'empressement à aborder le sujet : « Je ne souhaite pas exprimer mon opinion sur ce sujet, mais si la loi est votée, je l'appliquerai », résume ce dernier. Gérard Lamy (Habsheim) se montre encore moins enthousiaste : « Si cette loi passe, il faudra bien marier les personnes qui le demanderont, à contrecoeur. » Enfin, Vincent Hagenbach (Richwiller) et Daniel Bux (Sausheim) estiment qu'il y a des dossiers plus urgents à traiter : « Si le gouvernement n'a pas des soucis plus importants, on est mal barré », lâche même Daniel Bux, grinçant.

Résolument contre

Pierre Logel (Baldersheim) n'y va pas par quatre chemins : « Je suis totalement opposé au mariage homosexuel. Ça ne fait pas partie des valeurs que je défends. Et si cette loi est appliquée, je demanderai à l'un de mes adjoints de me remplacer. » Idem pour Christophe Bitschené (Galfingue), qui envisage lui aussi de laisser ses adjoints officier.

Plus virulent, Édouard Feigel (Eschentzwiller) prévient : « Il n'y aura pas de mariage homosexuel à Eschentzwiller, je suis totalement contre et mes adjoints sont sur la même position que moi. On pourra me mettre en taule, je n'en ai rien à faire ! » Bernard Just (Heimsbrunn) est à deux doigts de désobéir lui aussi : « Je ne sais pas ce que l'autorité de tutelle peut faire contre moi, mais je ne suis pas prêt à célébrer ce genre de choses. »

Joseph Goester (Zillisheim) se soucie des possibles conséquences « anthropologiques » de la réforme : « Il est évident que deux personnes de même sexe ont le droit de vivre ensemble en toute quiétude, mais ce projet va mettre à mal la notion de famille. Il s'agit pourtant d'un héritage qu'on ne peut jeter aux orties. » Jean-Denis Bauer (Didenheim) n'est pas chaud non plus, mais il semble surtout craindre la réaction de sa population : « D'après les discussions que j'ai eues, la majorité des habitants de la commune n'y est pas favorable. Si je célèbre un mariage entre deux hommes, je serai peut-être montré du doigt. »

Mention spéciale à Stanislas Pilarz : le maire de Staffelfelden a laissé sa secrétaire répondre pour lui, refusant de parler du sujet avec un journaliste. D'après sa secrétaire donc, il est « totalement contre » et refusera de procéder à ces mariages.

16:30 Publié dans A la M2A, A Wittenheim, Au PS, En Alsace | Lien permanent | |  Facebook | |

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